Tchad : la mort de Yaya Dillo peut-elle conduire Mahamat Idriss Déby devant la CPI ?
Global Africa · 14 septembre 2026
Président du Parti Socialiste sans Frontières et candidat déclaré à l'élection présidentielle, Yaya Dillo a été assassiné le 28 février 2024, lors de l'assaut des forces de sécurité contre le siège de son parti, à N'Djamena. Aucune enquête indépendante n'a jamais été ouverte.
Les faits
Yaya Dillo Djérou Bétchi présidait le Parti Socialiste sans Frontières et s'était déclaré candidat à l'élection présidentielle. Cousin du président de transition Mahamat Idriss Déby Itno, issu du même groupe zaghawa, il en était devenu le premier opposant.
Neuf jours avant sa mort, un militant du parti est arrêté, accusé d'une tentative d'assassinat contre le président de la Cour suprême. Des proches se rendent devant l'Agence nationale de sécurité d'État pour le chercher ; des tirs éclatent. Le gouvernement accuse alors Yaya Dillo d'avoir mené un assaut contre l'agence. Interrogé par l'AFP la veille de sa mort, il dément toute implication et qualifie l'accusation de montage : l'objectif, dit-il, est de l'éliminer physiquement avant le scrutin.
Les forces de sécurité encerclent puis attaquent le siège du parti, dans le quartier de Klemat. Yaya Dillo y est tué. Le bâtiment, criblé d'impacts, est rasé au bulldozer le lendemain. Des dizaines de militants et de membres de sa famille sont arrêtés et transférés à la prison de haute sécurité de Koro Toro ; dix proches y seront maintenus dix mois de plus, alors qu'un tribunal les avait acquittés.
Deux ans et demi plus tard, aucune juridiction n'a établi les circonstances de cette mort. C'est pourquoi la famille a saisi la justice française.
Le procureur de la République, Oumar Mahamat Kedelaye, affirme en conférence de presse que Yaya Dillo a été tué au cours d'un échange de tirs lorsque les forces de sécurité sont entrées dans le bâtiment. Le ministre de la Communication déclare qu'il avait refusé de se rendre et ouvert le feu.
Le parti parle dès le premier jour d'un assassinat. Aucun rapport d'autopsie n'a été communiqué à la famille. Les plaintes déposées au Tchad par le parti et par la veuve de Yaya Dillo sont restées sans suite, ce qui a conduit son frère à saisir la justice française.
Des blindés devant le siège du PSF, février 2024
La façade criblée d'impacts, avant la démolition
Cinq légistes concluent à un tir à bout portant Enquête Reuters, 8 avril 2024
Cinq experts en médecine légale ont examiné pour l'agence une photographie du corps de Yaya Dillo, transmise le jour même de sa mort. Leur conclusion, fondée sur la localisation et la nature de la blessure visible : il a vraisemblablement été atteint sur le côté de la tête, à bout portant.
Le professeur Derrick Pounder, pathologiste britannique ayant travaillé pour les Nations unies et des organisations de défense des droits humains, décrit une blessure incompatible avec un échange de tirs et estime que l'hypothèse d'une exécution extrajudiciaire s'en trouve fortement corroborée.
Dès le 7 mars 2024, les experts de l'Independent Forensic Expert Group (IFEG), sollicités par l'IRCT à la demande de Reuters, relevaient sur la photographie une plaie d'entrée par balle tirée à courte distance, quasi au contact, sur la tempe droite. Ils appelaient les autorités tchadiennes à mener une enquête rapide, approfondie, impartiale et indépendante.
Sollicité sur la photographie, sur ces conclusions et sur l'état d'avancement de toute enquête, le gouvernement tchadien n'a pas répondu. L'agence précise n'avoir pas pu établir de manière indépendante les circonstances exactes de la mort. Mais depuis cette publication, aucune autorité tchadienne, française ou américaine n'a produit d'élément contredisant ces conclusions, ni ouvert l'enquête réclamée.
L'avis des experts médico-légaux de l'IFEG, sollicités par Reuters, et les rapports du Comité d'enquête sur l'assassinat de Yaya Dillo (CEAYD), constitué par la famille et le parti.
3 pages
IFEG et IRCT · 7 mars 2024
CEAYD · 2024
CEAYD · 2024
8 avril 2024 · en anglaisChad opposition figure was likely shot at point-blank range, experts sayCinq légistes concluent à un tir à bout portant, incompatible avec un échange de tirs.Lire l'article
8 mars 2024Tchad : la FIDH réclame une enquête indépendante sur la mort de l'opposant Yaya DilloUne commission d'enquête conjointe de l'Union africaine et des Nations unies.Lire l'article
Justice pour Yaya Dillo, justice pour le Tchad
La mort de Yaya Dillo n'a pas mis fin aux violences contre son parti. Elle les a ouvertes. Dix de ses proches sont restés détenus à la prison de haute sécurité de Koro Toro alors qu'un tribunal les avait acquittés. Amnesty International a réclamé leur libération en décembre 2024.
Robert Gam, secrétaire général du Parti Socialiste sans Frontières, a d'abord été visé le 20 mai 2024 : son fils de 17 ans a été grièvement poignardé à leur domicile. Le 20 septembre 2024, après une conférence de presse où il réclamait la libération des militants détenus, il a été enlevé en pleine journée à N'Djamena. Détenu au secret par l'Agence nationale de sécurité de l'État, sans inculpation ni procès (lire l'annonce de sa disparition par le PSF), il n'a été relâché que dans la nuit du 3 au 4 juin 2025, après plus de huit mois, sans aucune explication officielle.
À ces deux affaires s'ajoutent les nombreux militants du parti victimes d'intimidations, de violences, d'enlèvements et de détentions arbitraires.
Interrogé à l'Assemblée nationale par le député Aurélien Taché, le gouvernement français a répondu par écrit qu'il condamnait fermement toute violence à l'encontre des acteurs politiques et prenait note de l'intention de la famille de saisir la justice française. Lire la question et la réponse (PDF).
Robert Gam accueilli à l'aéroport par des militants du PSF
La délégation du PSF reçue à l'ACAT-France, mobilisée pour Robert Gam dès sa disparition
Les actions pour la justice
Le 4 mars 2024, six jours après la mort de Yaya Dillo, le Premier ministre tchadien Succès Masra s'est engagé sur RFI à ce qu'une « enquête de type international » détermine les responsabilités. Deux ans et demi plus tard, elle n'a jamais été ouverte.
L'engagement pris par le Tchad doit être tenu.
Au Tchad. Le 6 août 2024, Robert Gam, secrétaire général du PSF, dépose à N'Djamena une plainte pour assassinat. Six semaines plus tard, il est enlevé et détenu au secret pendant huit mois. La plainte de la veuve de Yaya Dillo est, elle aussi, restée sans suite.
En France. En juin 2025, Ousmane Dillo, frère de Yaya Dillo et citoyen franco-tchadien, porte plainte contre X devant la justice française, avec le cabinet Kimia Avocats.
28 février 2026
29 janvier 2026
24 juillet 2025
13 juin 2025
Le 26 mai 2025, les avocats de la famille saisissent trois rapporteurs spéciaux des Nations unies, chargés des exécutions extrajudiciaires, de la liberté d'expression et des disparitions forcées. Ils demandent une enquête internationale et la protection des proches.
Le 17 mars 2026, dans ses observations finales sur le Tchad (§ 10), le Comité des droits de l'homme de l'ONU s'inquiète de l'absence de responsabilité pour « l'assassinat de Yaya Dillo », lors d'une opération des forces de sécurité.
Le 29 avril 2025, le député Aurélien Taché interroge le ministre de l'Europe et des Affaires étrangères sur l'assassinat de Yaya Dillo (question écrite n° 6326). Dans sa réponse du 27 mai 2025, le gouvernement condamne fermement toute violence à l'encontre des acteurs politiques et s'engage à mettre les informations pertinentes à la disposition de la justice.
Le 24 juillet 2025, la famille adresse une lettre ouverte au président Emmanuel Macron pour que la France appelle à une enquête internationale indépendante. Elle est restée sans réponse et sans accusé de réception.
Le 28 février 2026, au deuxième anniversaire de l'assassinat, Ousmane Dillo écrit au président Donald J. Trump.
Le 22 septembre 2026, avant le forum d'affaires France-Tchad organisé à Paris par le Medef International, il demande au Medef qu'une séquence soit consacrée à l'État de droit et que les entreprises participantes soient informées de la situation au Tchad.
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Kimia Avocats · 22 septembre 2026
2 pages
Kimia Avocats · 28 février 2026
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Kimia Avocats · 24 juillet 2025
Des rencontres avec La France insoumise et ses élus aux manifestations de Paris, de la conférence de presse à l'Assemblée nationale au Parlement européen : les étapes d'une demande portée de plus en plus haut.
Premier communiqué du mouvement consacré à l'affaire.
Lire le documentLe mouvement interpelle la France sur la répression de l'opposition.
Lire le documentÀ l'occasion de la visite à Paris du président tchadien.
Lire le documentOusmane Dillo annonce la plainte à Paris, la saisine de l'ONU, la volonté de saisir la CPI, et refuse publiquement la diya.
Voir la vidéo
À l'initiative de Rima Hassan, avec Aurélien Taché : lancement du site et d'un appel parlementaire transpartisan.
Lire le documentÀ Paris, la diaspora tchadienne et les soutiens de la famille manifestent régulièrement pour Yaya Dillo et contre l'impunité. Retrouvez les prochaines manifestations sur la page Facebook du PSF en France.
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Dossier de presse · Parlement européen, 30 septembre 2026
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Communiqué · 28 septembre 2026
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Dossier de presse · Assemblée nationale, 9 septembre 2026
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Invitation · 9 septembre 2026
Deux ans et demi sans enquête internationale indépendante. Ajoutez votre nom pour qu'une telle enquête soit ouverte.
Signer l'appelPour aller plus loin
Né le 18 décembre 1974 à Kaoura, ingénieur en télécommunications formé à l'université d'Ottawa, Yaya Dillo appartenait au groupe zaghawa, comme la famille présidentielle. Très tôt, il refuse de se taire face au pouvoir d'Idriss Déby Itno : en 2005, il rompt une première fois avec le régime et fonde le Socle pour le changement, l'unité nationale et la démocratie (SCUD).
En 2007, il accepte un accord de paix et choisit de peser de l'intérieur. Il est successivement secrétaire d'État, ministre des Mines et de l'Énergie (2008–2009), conseiller à la présidence de la République, puis représentant du Tchad auprès de la Communauté économique et monétaire de l'Afrique centrale (2018–2020).
En 2020, il dénonce publiquement, dans une vidéo devenue virale, un conflit d'intérêts impliquant la fondation de la première dame, Hinda Déby Itno. La réponse est immédiate : plainte pour diffamation, suspension de ses fonctions à la CEMAC le 11 mai 2020, puis licenciement. Il ne se tait pas pour autant.
Sa rupture avec le pouvoir devient alors brutale. Trois ans jour pour jour avant sa mort, les forces de sécurité prennent d'assaut son domicile à N'Djamena, deux jours après le dépôt de sa candidature à la présidentielle. Il affirme y avoir perdu cinq membres de sa famille, dont sa mère et son fils. L'attaque est condamnée par l'Union africaine, et la France appelle alors à une enquête impartiale.
Élu le 6 août 2021 à la tête du Parti Socialiste sans Frontières, dont le fondateur était emprisonné, il devient en quelques années la voix d'opposition la plus constante du pays. Après le ralliement de Succès Masra au gouvernement, en janvier 2024, il est le premier opposant au régime. Candidat déclaré, il devait affronter son cousin Mahamat Idriss Déby Itno. Le scrutin s'est tenu deux mois après sa mort.
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Global Africa · 3 mars 2025
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France 24 · Février 2024
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